Développement du tennis en Chine : pourquoi Pékin veut devenir une puissance du tennis mondial ? En l’espace de quinze ans, la Chine est passée du statut de territoire secondaire du tennis mondial à celui de marché stratégique scruté par l’ATP, la WTA, les marques et les médias sportifs. Une montée en puissance discrète, méthodique, parfois sous-estimée, mais qui repose sur un écosystème explosif : infrastructures flambant neuves, millions de pratiquants, investissements massifs et, surtout, une génération de joueurs et joueuses capables de s’installer durablement dans le top mondial.
La victoire de Li Na dans les années 2010 a servi de déclencheur. La montée en puissance de Zheng Qinwen aujourd’hui achève de convaincre la planète tennis qu’un cycle historique est en train de s’ouvrir. En parallèle, le padel — sport encore embryonnaire — tente de profiter de cette dynamique pour s’implanter dans les métropoles chinoises.
Le développement du tennis en Chine n’est plus une hypothèse : c’est un fait. Reste à savoir jusqu’où le pays veut aller, et si l’objectif — devenir une puissance du tennis mondial — est réellement à portée de main.
Le tennis en Chine en chiffres : une croissance spectaculaire
25 millions de pratiquants : un réservoir colossal pour le développement du tennis en Chine
Le chiffre donne le ton : selon les dernières données officielles issues du General Administration of Sport of China, plus de 25 millions de Chinois pratiquent le tennis à un niveau régulier ou occasionnel. Un volume qui place la Chine parmi les plus gros marchés du monde, derrière les États-Unis mais devant la plupart des pays européens.
Dans un pays où le sport est désormais vu comme un outil de santé publique et de développement économique, le tennis coche toutes les cases : discipline urbaine, image moderne, accès croissant pour les classes moyennes, et surtout exposition médiatique soutenue.
Combien de joueurs chinois dans le top mondial ?
Le réservoir existe, mais qu’en est-il au plus haut niveau ?
Chez les hommes
- Zhang Zhizhen, installé dans le top 50.
- Shang Juncheng, prodige de 19 ans, désormais solidement top 100.
- Wu Yibing, premier Chinois titré sur le circuit ATP, malgré des blessures récurrentes.
Autour d’eux, une poignée de joueurs de tennis Chinois gravitent entre les rangs 200 et 500, preuve d’une densité encore faible mais réelle.
Chez les femmes
La dynamique est encore plus forte pour le développement du tennis en Chine :
- Zheng Qinwen, finaliste à l’Open d’Australie, entrée dans le top 10.
- Wang Xinyu, Wang Xiyu, Zhang Shuai (selon les périodes).
- Plusieurs jeunes joueuses progressent dans le top 300-500.
Au total, le pays compte entre 10 et 15 joueurs/joueuses dans le top 500 ATP/WTA. C’est peu comparé à la France ou l’Espagne, mais compte tenu de la jeunesse du tennis chinois, la progression est rapide et prometteuse.
Un paysage de tournois unique en Asie
La Chine est aujourd’hui le pays le mieux doté au monde (hors Europe/USA) en tournois haut de gamme :
- Masters 1000 de Shanghai
- WTA 1000 de Pékin
- WTA Elite Trophy (Zhuhai)
- Tournois ATP 250/500 (selon calendrier post-Covid)
- Anciens WTA Premier (Wuhan, Shenzhen), prêts à revenir
Pour les circuits professionnels, la Chine n’est plus un marché : c’est un hub stratégique.
Pourquoi le tennis est devenu une priorité pour la Chine ?
Le soft power : un sport qui renforce l’image du pays
La Chine a compris que le sport est un outil diplomatique. Les JO 2008 ont été une démonstration de puissance ; le tennis s’inscrit dans la même logique.
- Image moderne
- Présence de marques internationales
- Visibilité médiatique mondiale
- Ambassadeurs chinois qui séduisent les jeunesses urbaines
Quand Zheng Qinwen atteint la finale à Melbourne, c’est toute une nation sportive qui s’anime. Le tennis devient un produit d’image.
Healthy China 2030 : le tennis comme sport urbain stratégique
Le gouvernement chinois a lancé un plan national ambitieux pour le développement du tennis en Chine. Le tennis y apparaît comme un sport clé :
- développement des clubs urbains,
- programmes scolaires,
- académies provinciales,
- investissements dans les infrastructures.
Le pouvoir central n’a pas fait du tennis une priorité absolue — les sports olympiques restent au sommet — mais il en a fait une priorité croissante, assortie de budgets lourds.
Li Na puis Zheng Qinwen : deux locomotives culturelles pour le développement du tennis en Chine
L’importance des icônes est capitale en Chine.
Li Na a ouvert les portes.
Zheng Qinwen les défonce.
Zheng, 22 ans, coche toutes les cases :
- performante (top 10)
- disciplinée
- parlant anglais
- symbole de réussite féminine
- parfaitement utilisable dans les campagnes de communication nationales
Pour Pékin, c’est un visage idéal.
Les limites du modèle chinois : pourquoi la domination n’est pas encore au rendez-vous
Une culture tennis encore jeune
Le développement du tennis en Chine reste un sport “nouveau” :
- très urbain,
- coûteux,
- prisé par les classes moyennes supérieures,
- peu implanté en zones rurales.
Comparée à la France, à l’Espagne ou aux États-Unis, la Chine manque encore de :
- professeurs formés,
- culture club,
- compétitions juniors larges,
- tradition familiale autour du tennis.
Le tennis masculin : l’étape la plus difficile pour le développement du tennis en Chine
Malgré quelques talents, l’écart avec les meilleures nations est encore important.
Pourquoi ?
- Le système sportif chinois est très centralisé.
- Le tennis demande autonomie, créativité, coaching individuel.
- L’expatriation est parfois indispensable, mais pas toujours encouragée.
Pour franchir un cap, la Chine devra internationaliser la formation masculine, comme l’a fait le Japon avec Nishikori.
Le cas Peng Shuai : un frein médiatique
La suspension de la WTA, puis son retour, ont rappelé une vérité :
le tennis est un sport mondial, sensible à son environnement politique.
L’affaire Peng Shuai a mis une ombre sur l’image du tennis chinois pendant deux ans. Même si les tournois sont revenus, la confiance internationale était fragilisée.
Le padel en Chine : nouvelle tendance ou simple effet de mode ?
Les clubs poussent dans les grandes villes
Shanghai, Shenzhen, Chengdu ou Hong Kong ont vu émerger depuis 2021 des clubs de padel dans :
- des centres commerciaux,
- des complexes premium,
- des clubs privés urbains.
L’image est claire : le padel chinois = loisir chic urbain.
Dans les médias chinois : un sport “cool”, social et accessible
La presse chinoise décrit le padel comme :
- un sport social,
- facile à apprendre,
- idéal pour les jeunes professionnels urbains,
- plus “fun” et moins technique que le tennis.
Les médias lifestyle l’associent volontiers à :
- la mode,
- les loisirs premium,
- les afterworks sportifs.
Mais un marché encore embryonnaire
Les limites sont réelles :
- très peu de terrains hors mégapoles,
- quasi-absence d’entraîneurs,
- méconnaissance totale en zones secondaires,
- concurrence du ping et du badminton.
Le padel ne deviendra pas massif rapidement — mais pourrait s’installer dans les classes urbaines.
D’ici 2035 : la Chine peut-elle devenir une puissance mondiale du tennis ?
Développement du tennis en Chine : le scénario réaliste pour les dix prochaines années
1) Une domination féminine probable
- Top 10 durable pour Zheng Qinwen
- Une génération émergente derrière elle
- Un premier titre du Grand Chelem “made in China” très possible
2) Une émergence masculine progressive
- Un top 20 possible chez les hommes (Shang Juncheng ?)
- Plusieurs top 50
- Une densité plus forte dans le top 500
3) Un poids économique immense
- Marché TV majeur pour la WTA et l’ATP
- Sponsors gigantesques (Li-Ning, Anta, Huawei…)
- Capacité d’accueillir un deuxième Masters 1000 ?
Oui, dans dix ans, c’est possible.
Les défis à relever pour le développement du tennis en Chine
- Structurer l’enseignement
- Accompagner les juniors à l’international
- Développer un réseau national de compétitions
- Élargir la base des licenciés (aujourd’hui ~6 000 enregistrés seulement)
La Chine a l’argent, les infrastructures et le marché.
Il lui manque encore le savoir-faire et la culture tennis du quotidien.
🧩 25 millions de pratiquants vs 6 000 “joueurs enregistrés” : pourquoi ce n’est pas contradictoire
À première vue, ça ressemble à un bug statistique : 25 millions de pratiquants de tennis en Chine, mais seulement environ 6 000 “joueurs enregistrés”. En réalité, ces deux chiffres ne parlent pas du tout de la même chose.
1. Les 25 millions de pratiquants
Ce chiffre inclut tous ceux qui jouent au tennis, même de façon très occasionnelle :
- clients de clubs privés ou de complexes sportifs,
- personnes qui jouent dans des parcs ou résidences,
- élèves qui tapent la balle à l’école,
- joueurs loisirs qui réservent un court via une appli,
- cadres qui jouent une fois par semaine avec un coach.
👉 C’est la population “tennis loisir”, au sens large.
2. Les ~6 000 “joueurs enregistrés”
Là, on parle d’une catégorie administrative très spécifique :
- athlètes inscrits dans le système sportif officiel,
- joueurs en équipes provinciales ou nationales,
- jeunes intégrés dans les filières de haut niveau,
- profils suivis par les instances sportives (compétition, performance).
👉 C’est l’équivalent d’un vivier de sportifs de haut niveau / pré-haut niveau, pas des simples licenciés de club comme en France.
3. Pourquoi c’est clé pour comprendre le développement du tennis en Chine
- Le marché loisir est déjà gigantesque → très attractif pour les marques, les clubs, les circuits pro.
- Le système compétitif structuré reste étroit → peu de joueurs formés dans un cadre fédéral large, d’où la faible densité dans le top 500.
En résumé :
25 millions, c’est la Chine qui découvre le tennis.
6 000, c’est la Chine qui essaie de fabriquer des champions.
Et c’est précisément cet écart qui explique à la fois le potentiel colossal du pays… et ses limites actuelles au plus haut niveau.
La Chine, futur moteur du tennis mondial ?
En 2025, il ne fait plus de doute que la Chine joue désormais un rôle central dans le tennis mondial. Le pays investit, forme, construit et attire les plus grands tournois. Le développement du tennis en Chine n’en est qu’à ses débuts, mais l’ampleur des moyens mobilisés laisse penser qu’elle pourrait devenir, dans dix à quinze ans, un acteur majeur, au même titre que les États-Unis ou l’Espagne.
Le tennis féminin chinois est déjà au sommet.
Le tennis masculin est en progression.
Le padel tente son entrée dans un marché énorme.
La question n’est plus : La Chine peut-elle devenir une puissance du tennis ?
La question est : combien de temps cela prendra-t-il ?
À surveiller pour les lecteurs de Tennis360
- L’évolution de Zheng Qinwen comme potentielle future n°1 mondiale
- La progression de Shang Juncheng dans les tournois ATP
- Le retour de tournois WTA/ATP à Shenzhen, Wuhan et Zhuhai
- L’implantation du padel dans les villes secondaires
- Les investissements publics dans les académies régionales
- Le rôle des marques chinoises dans le sponsoring ATP/WTA
